Yves-Albert Dauge, professeur d’université, écrivain, conférencier et aussi spécialiste de l’histoire des religions. Cet article publié dans la revue Epignôsis n° 11 du 11 février 1991 nous le montre de manière magistrale.

Partie 1

Laboratoire De Résurrection

Marée noire. Des oiseaux de mer, englués de bitume, luttent désespérément, asphyxiés. N’est-ce pas l’image de chacun d’entre nous, piégé dans ce monde sans âme et sans idéal ?

On se demande aujourd’hui : le Coran est-il un livre de paix ou un livre de guerre? L’expression djihad signifie-t-elle “effort sur soi” ou “combat contre l’infidèle” ? Questions oiseuses, et vaines réponses.

Prière aux Archanges
Epignosis

Voici la réalité : tout message de “supériorité conditionnée” est une source d’orgueil, de fanatisme et de guerre. Ceci vaut pour les communautés religieuses – judaïques, chrétiennes, islamiques, hindouistes et même bouddhiques – , nationales et politiques.
SUPÉRIORITÉ CONDITIONNÉE : un groupe “élu” passe un contrat avec “Dieu”, contrat qui met ce groupe au-dessus du reste des hommes, s’il y reste fidèle. “Dieu”, qu’est-ce à dire? Ces dieux-là sont des substituts, des masques du vrai Dieu, des entités plus ou moins fonctionnelles, sinon des démons “déguisés en anges de lumière” (II Cor. 11,14).

Se réclamer d’une personnalité humaine, d’un livre, d’un message, d’une tradition pour gouverner sa destinée est un piège. Le vrai Dieu ne construit pas sur le passé, ni sur l’accumulation des mémoires quantitatives; il ne construit pas non plus sur le futur, ni sur des promesses. A chaque instant, “IL VIENT”, toujours nouveau, à l’intention de celui qui sait être un pur miroir.

A chaque aube, il faut se réveiller sans passé, sans futur, dans le simple et souverain jaillissement du Cœur vers sa Source. Écoutons Al-Hallâj, martyrisé en 922 à cause de son sens de la liberté spirituelle:
“Ne demande pas à un homme d’adopter telle dénomination confessionnelle, car cela l’écarterait du Principe fondamental. C’est ce Principe lui-même qui doit venir le chercher, Lui en qui s’élucident toutes les grandeurs et toutes les significations ; et l’homme, alors, comprendra” Dîwân p.85).

I1 s’agit naturellement de la Personne humaine, dans son originalité absolue et dans sa liberté royale, irréductible à toute autre – et non d’une collectivité qui, par nature, est dégradatrice, réductrice et déformatrice du sacré. Toute communauté, en effet, vit et se perpétue par ses “tendances fabricatrices” (les samskâras de l’hindouisme) et ses “imprégnations façonnatrices” (les vâsanâs), créant ainsi un enchaînement qui compromet ou exclut toute libération.

Jésus, il y a 1960 ans, s’est efforcé, à l’intention de quelques-uns, de faire disparaître ces repères psycho-sociaux, ou plutôt ces repaires où s’abrite le désir humain d’installation. “Amen, Amen, je vous l’affirme, avant qu’Abraham fût, JE SUIS” (Jn. 8,58), vérité que doit reprendre à son compte tout être éveillé. Abraham, avec toute sa postérité socio-religieuse, est archaïque et maintenant sans objet. Fonction terminée. Remontons à l’Alliance primordiale. De Dieu avec l’Homme de Lumière.

Celui qui a dit: “L’heure vient où ce n’est ni sur le mont Garizim ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. L’heure vient – et nous y sommes – où les vrais adorateurs adoreront le Père en Esprit et Vérité” (Jn. 4,21.23), n’est pas venu fonder une religion ni une institution. Il est venu comme le libérateur par excellence, pour être, en tout Cœur noble, le déclencheur du Christ, c’est-à-dire de l’Être de Lumière qu’est virtuellement chacun, signature directe de l’Amour infini.

Peut-on enfermer l’Amour infini dans la “supériorité conditionnée” d’une religion ou d’une communauté? “Si nous aimons vraiment Dieu, rejetons tout ce qui n’est pas Lui, afin qu’Il se manifeste en nous sans entrave. Oublions sectes et sectaires, sciences et savants, lois et juristes, patries et politiques, esclaves et maîtres, et ne servons que notre paix intérieure en prenant seulement conseil de notre conscience profonde (= le Cœur)” (Message retrouvé, XIII,7). Que dire de mieux?

Même perspective présentée par le Bouddha. “Soyez votre propre flambeau et votre propre refuge. Prenez la Vérité pour flambeau. Prenez la Vérité pour refuge. Ne cherchez un refuge en nul autre qu’en vous-même” (Mahâparinibbâna Sutta). Ou encore: “Ne croyez rien sur la seule autorité de vos maîtres ou des prêtres. Ce que vous aurez vous-même éprouvé, expérimenté et reconnu pour vrai, qui sera conforme à votre bien et à celui des autres, cela croyez-le et adaptez-y votre conduite” (Anguttara Nikâya).

Ce n’est plus le moment de se préoccuper des églises et des sectes. Le seul travail nécessaire aujourd’hui est de libérer de leurs écorces, de leurs voiles, de leurs liens psycho-sociaux, les VÉRITÉS divines enfermées dans les confessions, les institutions, les doctrines diversement incarnées.Il s’agit d’épurer, d’extraire, de “déconfessionnaliser”, de manière à retrouver, partout et toujours, le climat de liberté souveraine propre à l’Esprit royal inconditionné.

Ce n’est plus le moment d’enrôler les hommes sous des bannières. Le seul travail nécessaire aujourd’hui est de libérer de leur karma, de leur pesanteur, de leurs blocages psychiques et de leurs prisons, les ÉTINCELLES divines que sont tous les hommes incarnés en ce monde. Il s’agit d’aider ceux qui le veulent à retrouver la Mémoire, la Respiration et l’Énergie créatrice qui les rendront fidèles à eux-mêmes et à leur Source. Nous devons être les LIBÉRATEURS DU DIVIN EN TOUS LES ÊTRES. Une énorme puissance, nous le savons, est contenue dans l’atome – qu’on peut libérer selon certaines techniques. Sachons qu’une puissance créatrice incommensurable, divine est contenue dans l’être humain – qu’il faut libérer de tout obstacle (peur, ignorance, refus, illusion) pour qu’il devienne vraiment “Dieu en Dieu”.

Si nous voulons réussir dans cette entreprise, nous devons être montés au sommet de nous-mêmes, dans la puissante et invincible certitude de la Lumière éternelle et de l’Amour infini. SAVOIR par la reconquête de la Mémoire, SE TAIRE pour retrouver le rythme profond de notre Respiration, OSER aller jusqu’au bout de notre puissance et de notre splendeur, VOULOIR notre expansion dans le Divin et l’expansion du Divin par nous. École du Dieu sans nom et de la Vie sans limites.

(A suivre)

Yves Albert DAUGE

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