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— ÉMERVEILLEMENT : 

Qu’est-ce que la capacité d’émerveillement? Le constant renouvellement du regard porté sur les êtres et les choses, l’accueil ébloui des richesses offertes, des mystères proposés, l’étonnement, l’admiration perpétuels devant la profondeur et la beauté du monde (« miroir de Dieu »), et la joie pérenne, l’allégresse jamais déçue, à cause du trésor inépuisable des signes divins.

Le Lama Govinda écrit:
« La sagesse ne consiste pas à accumuler des connaissances abstraites ni à collectionner des faits, mais à rendre l’esprit ouvert et réceptif, ce que donne le sens de l’émerveillement, tandis que l’ignorance — la véritable ignorance — est caractérisée par l’absence de ce sens »
(Méditation créatrice, p. 259).

Les Dialogues avec l’Ange, pour leur part, affirment:
« L’émerveillement et la curiosité sont deux. Il y a beaucoup de curieux, mais il y a eu des émerveillés… » (p.52), et ceci, qui est d’une grande importance: « Autour de celui qui sait s’émerveiller, éclosent les merveilles » (p.53).

Chez les soufis, le rôle de la stupeur, de l’éblouissement, de l’émerveillement (hayrat), est essentiel dans l’itinéraire du mystique (ou du gnostique): c’est la prise de conscience sans fin de la splendeur de l’Être.  « Vends l’intelligence », conseille Rûmi, « et achète l’émerveillement en Dieu »; quant à Shibli, il fait remarquer que « la gnose est un émerveillement continuel »; de sorte que cette intensification spirituelle est à la fois génératrice de découvertes et nourrie de découvertes, en une incessante relance de la quête du Divin.

Terminons par cette déclaration de Jésus, au seuil de l’Évangile selon Thomas (log. 2) : « Qu’il ne cesse, celui qui cherche, de chercher, jusqu’à ce qu’il trouve, et lorsqu’il trouvera, il sera bouleversé, et quand il sera bouleversé, il sera émerveillé; il régnera alors sur le Tout, et, dans cette royauté, se reposera ». Il faut donc chercher avec la capacité d’émerveillement, et on accédera à la contemplation souveraine dans l’émerveillement.

 ÉSOTÉRISME :

 Le voile de l’ésotérisme n’est autre que la taie qui recouvre l’œil du profane.

Qu’est-ce que l’ésotérisme? C’est la voie qui mène à l’intérieur des choses, des êtres, et de soi-même, qui fait découvrir, au cœur de la multiplicité, la même Vie, le même Art, et l’unique Logos. C’est une ascèse qui s’épanouit en gnose, une discipline rigoureuse de la volonté, de l’intelligence et de l’amour. C’est la seule manière d’intégrer toute connaissance et d’orienter correctement toute énergie, en prenant le Soi comme principe et comme but. Ainsi parvient-on à la transformation de la personne, ainsi a-t-on accès au plan des Je véritables, des « dieux, fils de Dieu ». Lorsque le Christ affirme: « La puissance royale divine est à l’intérieur de vous-mêmes » (Lc.17, 21), il donne une claire définition de l’ésotérisme: cherchez la clef de l’être au fond de vous-mêmes, intériorisez méthodiquement toute votre expérience, toute votre science, car c’est en vous que doit se produire la genèse de l’Homme-Dieu, condition de la transfiguration du monde.

L’intériorisation du champ et de ses éléments.

L’ésotérisme authentique équivaut à l’intériorisation radicale de la sphère tout entière du Logos, qui doit être comprise, vécue, maitrisée par l’opérateur même. Au centre de l’ensemble s’accroît et agit le Je divin, tandis que tous les éléments du réel, incorporés en structures dynamiques, constituent pour lui une nourriture de lumière et une couronne de gloire.

Intérioriser le monde et vivre au cœur de chaque parcelle du monde: une seule et même opération, qui est le but incontestable de l’ésotérisme.

Autre formulation. L’ésotérisme, c’est: l’utilisation totale des forces qui sont à l’intérieur de nous-mêmes, la capacité de pénétrer à l’intérieur des êtres et des choses, et la faculté de s’avancer à l’intérieur du Divin.

I. En quoi consiste l’intérieur de nous-mêmes ?
C’est ce qui est au-delà des couches psycho-somatiques de notre être, au-delà des éléments secondaires, inférieurs et périphériques de l’individu. Donc, l’ensemble énergétique essentiel, supérieur, central et axial de notre personne. Il s’agit de reconnaître et d’utiliser au mieux cette « puissance royale divine » mentionnée par Jésus. Quelle est-elle? Malkhuth (le Royaume) et toute la suite séphirothique; la Claire Lumière Primordiale (Bardo Thödol) ; la pleine participation aux Énergies créatrices, au Feu divin…
Une telle puissance ne « viendra » pas, car elle « est »; il suffit de la laisser agir.

II. La pénétration à l’intérieur des êtres et des choses est l’accès à la Perception divine.
Celle-ci est excellemment résumée dans la formule suivante: « Reconnais en tout ce qui t’entoure le Nirvana; entends en tous les sons le Mantra; vois en tous les êtres des Bouddhas » (John Blofeld, Le bouddhisme tantrique du Tibet ; Seuil, 1976, pp. 83-85).

a) « Reconnais en tout ce qui t’entoure le Nirvana ».
Nous avons déjà parlé de l’équivalence — ou plutôt de l’identité fondamentale — samsara (monde phénoménal) = nirvâna (royaume des Essences) aux yeux de l’adepte (voir DIALECTIQUE). Comme le dit un texte tantrique : « La connaissance parfaite de l’écoulement des choses (= le samsara), c’est le nirvâna » (Le Bouddhisme. Fayard, 1977, p. 310). Et Kun-legs, le « Fou de ‘Brug », s’exclame: “Samsara, nirvana: une seule et même chose, c’est ma joie, c’est ma joie, c’est ma joie!  » (Ibidem, p. 358). D’ailleurs, si l’on considère les deux caractéristiques essentielles du bodhisattva, shûnyata (vacuité / ouverture) et karuna (participation / compassion), on voit aisément qu’elles se rapportent, l’une au nirvâna, l’autre au samsara.

Autre forme d’équivalence: « Celui à qui temps est comme éternité, et éternité comme temps, celui-là est délivré de toute souffrance » (Jacob Boehme).

Donc, perception de l’omniprésence, hic et nunc, du Divin. « Chaque atome », déclare Rûmi, « est un lieu pour la vision de Dieu » (Mathnawi I , 3766). « Dieu est partout dans sa gloire. Nul grain de poussière n’est si méprisable, nul point n’est si petit que le sage n’y voie Dieu dans toute sa gloire » (Pèlerin chérub., IV,160) .

b) « Entends en tous les sons le Mantra ».
Reconnaître le Dieu musicien, le Verbe créateur (cf. Orphée-Logos chez Virgile), le Nom divin, l’harmonie des sphères, les modulations secrètes de l’interdépendance universelle, les « soupirs de la Colombe » (cf. Aum, Amen).

D’Eichendorff : « La Parole se cache en toutes choses Que le Créateur appela par la Parole; Et tu les entends apporter la réponse Si tu les nommes par leur nom »; ou encore: « Un chant sommeille en toutes les choses Qui poursuivent leur rêve éternel, Et l’univers se met à chanter Dès que tu trouves le mot magique » (la clef divine de la symphonie cosmique).

c) « Vois en tous les êtres des Bouddhas ».
La nature de Dieu est perçue dans tout ce qui existe. Un passage du Visage du silence décrit ainsi l’illumination: « L’Univers entier est baigné de clarté; toutes choses — depuis la poussière du chemin jusqu’au vol de l’oiseau — ont rejeté leur vêtement d’apparence, et se montrent à nu, tels des glaives de lumière. Les choses ne sont plus des choses, car elles sont devenues Essence » (p.176). Angelus Silesius a fort bien évoqué ce qu’il appelle le regard divin: « Qui ne voit rien en son prochain que Dieu et Christ, voit dans la lumière qui s’épanouit de la Divinité » (I, 218), et Râmakrishna a trouvé ces splendides paroles: « Dieu sous la forme du saint, Dieu sous la forme du pécheur, Dieu sous la forme du juste, Dieu sous la forme du méchant » (Ens., n°1504). Mais déjà, rapporté par Clément d’Alexandrie, un agraphon (parole extra-canonique de Jésus) recommande: « Après Dieu, considère tout homme comme Dieu » (Voir L’Amour fou de Dieu, par P. Evdokimov. Seuil, 1973, p. 123), et saint Nil du Sinaï déclare: « Un moine parfait estimera après Dieu tous les hommes comme Dieu même ». N’est-on pas là au cœur du christianisme ésotérique? Cette sentence du Message retrouvé pour conclure: « Celui qui Le voit partout, qui L’aime en tout, et qui Le manifeste en lui-même, est vraiment éclairé » (VIII, 28).

Récapitulation:

NIRVANA     :
omniprésence de Dieu, sans séparation                     -> Philosophie

MANTRA     :
omnirésonance du Nom divin et du « Oui » créateur -> Philologie

BOUDDHAS :
les êtres et les choses comme émanations de Dieu   -> Philocalie

En somme, c’est la perception vécue du Circuit énergétique universel.

III. Pour la faculté de s’avancer à l’intérieur du Divin, se reporter à MONTÉE sans fin vers Dieu et en Dieu.

Note sur le « triangle ontologique fondamental ».
Il s’agit de la relation interpersonnelle essentielle MOI – DIEU – TOI, Moi conçu comme Je véritable, Dieu comme Je Suis, et Toi comme l’ensemble des autres Je véritables.
Que dit Jésus, interrogé sur la règle primordiale? « Le premier commandement, c’est: Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force. Le second lui est semblable: Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Mc.12, 29-30 et Mt. 22, 39). Cela établit d’abord une relation LUI-Dieu-Père et MOI-Dieu-Fils (c’est le Couple divin éternel); et elle se complète nécessairement par la relation MOI-Dieu-Fils et TOI-Dieu-Fils dans l’unicité de LUI le Père.

Pour être correcte et fructueuse, toute relation d’un être avec un autre être doit passer par un pôle supérieur (que ce soit le Christ, le Bouddha, Dieu, ou le Soi) qui la libère et l’élève. Se considérant soi-même comme expression de Dieu, et l’autre comme expression complémentaire de ce même Dieu, on quitte les antagonismes périphériques des egos pour la profonde paix des Cœurs et des Esprits, pour la libre circulation de l’Amour.

D’où le fameux texte de la Brihad-Aranyaka Upanishad: « Si la femme aime son mari, c’est pour l’amour de l’Atman,  de l’étincelle divine, qui est en lui. Si le mari aime son épouse, c’est pour l’amour de l’Atman qui est en elle ». Voilà ce qu’illustre magnifiquement le mariage d’Adam et d’Ève par le Christ, tel que l’a représenté Hieronymus Bosch dans le triptyque du Jardin des Délices: ce couple ne se voit et ne se connaît que par l’intermédiaire du Verbe, placé en son centre comme le garant de son unité et le signe de son dynamisme axial. Rappelons, dans le même ordre d’idées, une anecdote notée par Jean Herbert (Yogas, christianisme et civilisation, Derain, 1951, p. 27): « Un jour, en partant d’un monastère hindou où j’avais  habité et où j’avais été traité véritablement comme Dieu descendu sur la terre, je ne pus dans mon émotion m’empêcher de remercier le vénérable abbé de son accueil. Mais il me regarda d’un œil sévère: ‘Alors, me dit-il, vous n’y avez rien compris! Nous n’avons rien fait pour vous. C’est Dieu en nous qui a servi Dieu en vous’. Je n’ai jamais oublié cette leçon ».

— ESSENTIEL (l’) :

  C’est de réaliser Dieu au plus vite, c’est-à-dire de s’unir définitivement à Lui, sans s’attarder en vaines démarches. Écoutons ce que nous dit Premananda, un disciple de Râmakrishna:

« Nous ne sommes pas ici-bas pour nous quereller sur nos divergences, mais pour trouver Dieu.

Entre dans le jardin, mange les douces mangues qu’il renferme, et puis va-t’en. Tu n’es pas entré dans le jardin pour compter les feuilles du manguier. Que Dieu soit dans la forme ou qu’il soit sans forme, que la théorie de la réincarnation soit juste ou qu’elle ne le soit pas (c’est un hindouiste qui parle), tout cela est sans importance.

Si tu désires connaître la Cité Éternelle, interroge ceux qui ont été à Bénarès. Puis, ayant entendu tout ce qu’ils avaient à dire, avance-toi, entre dans la ville et deviens-en le citoyen. Mais si tu demeures chez toi à discourir: ‘La Ville sacrée est comme ceci… Oh non! elle est plutôt comme cela!, tu pourras continuer de cette manière indéfiniment sans t’approcher d’un fil de Bénarès.

Que j’aie déjà vécu ou non d’autres existences ici-bas, ceci est sans rapport avec ma résolution de le voir Lui, présentement, et dès ce monde. Non seulement l’adhésion rigide à certains dogmes n’est pas une chose utile, mais encore elle peut faire du mal à ton âme. Si tu connais Dieu, tu ne t’embarrasseras pas de doctrines religieuses! Tu pourrais avoir lu tous les saints livres, croire à tous les messages révélés par tous les fils de Dieu et cependant n’être pas capable de trouver Dieu. Élève-toi au-dessus des livres et des maîtres, et contemple Celui qu’ils ont contemplé… Alors tous les mystères te dévoileront soudainement leurs secrets!

C’est Lui, c’est ton Soi, qui a la Clef. Implore sa compassion; consacre-lui ta vie. Dieu ne se laisse pas attirer dans le piège de rituels bien ordonnés. C’est ton Cœur, ton ardent désir, ta sincérité, qui doivent le gagner » (Le Visage du silence, pp. 196-8).

Tout le Yoga du Cœur est contenu en ces lignes. Mémoire du Soi, Volonté d’atteindre Dieu au plus vite, Purification de tout l’inférieur et de tout l’inutile, déploiement de l’Intellect-Amour opératif, Unification avec le Divin. Tout le reste n’est que leurre de la psyché.

— ÉTRANGER (l’) :

  Le « marginal », celui qui vient des marges du monde: le prophète, le poète, le visionnaire, l’Étranger. Il vient de la montagne, du désert, de la solitude et du silence.

Ces marges du monde sont en fait le Centre du Monde, voilé par les brumes de l’ignorance, rejeté par les orchestres de l’ego.

Lorsque l’Étranger est reconnu, il devient insupportable, car il trouble le repos de l’ignorance et l’agitation de l’ego. Alors on le chasse, ou plutôt on le crucifie, pour tenter de faire mourir avec lui cette encombrante étincelle divine qui est présente en chacun, et qui refuse de mourir.

— ÊTRE POUR AGIR :

 Il faut être (véritablement) pour agir (efficacement): c’est la loi fondamentale de toute évolution, de toute création; c’est la principale préoccupation de Virgile, de Sénèque, de Jésus, du Moine, de Rumi, de Ramakrishna ou d’Aurobindo. L’autogenèse est la condition de la cosmogénèse.

Si l’on  souhaite : « Puissions-nous être de ceux qui transfigureront la Terre! », il faut d’abord  se transfigurer soi-même. Nous devons avoir acquis cette puissance royale qui permet d’être à la fois au-dessus du monde et au-dedans du monde, qui apporte d’Ailleurs le seul feu transmutateur souverain —  aucun  plan ne peut évoluer à partir des seuls éléments qui lui sont propres. Nous devons être montés sur la Montagne sainte, avoir parcouru l’au-delà, nous être intégrés dans le circuit des Énergies divines, avoir été reconnus et missionnés par l’Âme du Monde.

Certes, il faut sans attendre pratiquer la bénédiction et le dévouement, mais ce n’est qu’en possession de notre être véritable (autogenèse) que nous pourrons contribuer à la transformation authentique du monde (cosmogénèse), que nous pourrons conférer leur pleine valeur au dévouement et à la bénédiction.

S’être réalisé: condition nécessaire pour aider les autres. « Les sages d’autrefois, dit Tchouang-tseu, obtenaient d’abord le Tao pour eux-mêmes, et l’obtenaient ensuite pour les autres ». Ce sont les passionnés de Dieu qui sont utiles à l’humanité entière. « De tels hommes non seulement se libèrent eux-mêmes, ils emplissent ceux qu’ils rencontrent d’un esprit libre » (Philon); et Maître Eckhart d’affirmer: « Ce qu’on reçoit par contemplation, on le reverse en amour ». Le Message retrouvé dit de même: « Le premier devoir, c’est faire paraître Dieu en soi; le second, c’est contribuer à le manifester dans les autres » (XI, 62b) — cf. « Seul le Dieu qui est en nous peut réveiller le Dieu qui est dans les autres » (Le Visage du silence, p.101).

La vraie solution des problèmes de société dépend de la réalisation métaphysique. A des réformateurs exaltés Ramakrishna conseille: avant toute chose, « réalisez Dieu; c’est alors seulement que l’inspiration et le pouvoir vous seront donnés et que vous pourrez parler de faire du bien, pas avant » (Ens., n° 1218). Il dit aussi à l’un  de ses visiteurs: « Tu parles de réformes sociales. Avant de les entreprendre, réalise Dieu. Souviens-toi que les rishis de jadis renonçaient au monde pour atteindre Dieu. C’est la seule chose nécessaire; le reste te sera donné en surplus si vraiment tu le désires » (ib., n° 5). Enseignement identique de Ramana Maharshi: « Si l’homme parvient à obtenir la paix suprême du Soi, celle-ci se répandra autour de lui, sans aucun effort de sa part. Quand l’homme ne trouve pas la paix en lui-même, comment peut-il songer à la répandre hors de lui-même? » (p. 282), et: « La réforme de soi entraîne automatiquement la réforme sociale » (p. 225).

Le Christ n’a pas dit autre chose. Il y a le fameux: « Cherchez avant tout la puissance royale de Dieu et sa justice » (Mt. 6, 33). Il y a aussi la très claire leçon donnée lors de l’onction à Béthanie (j. 26, 6-13): Jésus reproche à ses disciples leur réaction purement « humanitaire », et il affirme la prééminence sur le « service social » de la quête du Soi, du Dieu intérieur, de la Réalité divine — celle-ci étant la clef de celui-là (Bonne interprétation de cet épisode dans P.J.Saher, Eastern Wisdom and Western Thought, George Allen & Unwin, 1969, p.144. Pour saint Paul, l’agapé n’a rien à voir avec les vertus sociales: on peut même tout donner aux pauvres et manquer pourtant de « charité » (I Cor. 13,3). Cette agapé est participation intense à la nature de Dieu, pleine possession de l’Intellect-Amour opératif ; cf. Dante, Paradis 33, 143-5).

Retraite pour un retour: il faut sortir du monde (premier héroïsme), de la caverne, du « lieu des egos », pour s’accomplir, et ensuite revenir dans ce monde (second héroïsme), pour le servir. Idéal du bodhisattva. Paul Brunton déclare fort justement: « Le Dieu que nous trouvons dans notre Cœur par la méditation est le premier pas vers le Dieu que nous trouvons dans l’univers entier. La force qui nous entraîne loin du monde dans notre effort ascétique pour nous détacher de tout est inévitablement suivie par celle qui-nous ramène vers lui pour le servir dans le désintéressement » (L’enseignement secret au-delà du Yoga ;  Payot, 1970, P. 396).

On lit dans le Message retrouvé: « Celui qui cherche Dieu va à la solitude de la nature. Celui qui a trouvé Dieu revient à la société des hommes » (XIX, 12b).

— ÉVEIL : 

L’homme est un dieu qui s’ignore.  Ce qui le fait humain, trop humain, c’est d’avoir oublié qu’il est le Soi. Si donc l’on supprime cette ignorance, cet oubli de soi-même, si l’on renonce à la fausse identification avec le corps, la psyché, l’ego — formes inférieures et limitées de l’être —, que reste-t-il? Il reste alors la pure conscience du Soi resplendissant — qu’on a toujours été, et qu’on sera toujours.

Ramana Maharshi exprime souvent cette vérité: « La réalisation consiste tout simplement à écarter les obstacles qui empêchent de reconnaître la Réalité immanente et éternelle » (Ens., p. 157); ou encore: « Le but de la pratique spirituelle est la suppression de l’ignorance, et non pas l’acquisition de la Réalité. La réalisation existe depuis toujours, ici même et en ce moment-ci » (p. 305). Tout est déjà en nous, à notre disposition: il suffit de dissiper les ténèbres pour qu’apparaisse l’Aurore.

Lorsque Jésus dit (Mc. 11, 24): « Tout ce que vous demandez en priant, croyez que vous l’avez déjà reçu, et cela vous sera accordé », il veut attirer l’attention sur cette évidence: Tout vous est donné depuis toujours; rendez-vous seulement capables de le reconnaître; éveillez-vous au Réel.

De Novalis: « Se réveiller, être éveillé, avoir conscience doublement ou triplement, voilà tout ce que c’est que philosopher » (Fragments, p. 392). « Se réveiller », c’est le travail du Cœur; « être éveillé », c’est connaître l’Âme essentielle; « avoir conscience doublement », c’est accéder au surconscient, et « triplement », au supraconscient.

Voir notre tableau des niveaux de conscience,

Epignôsis II,1, p. 60. Voir aussi DÉCOUVERTE.

— HAUT ET BAS :

 La 34e Ode de Salomon est intitulée « Le Cœur simple » (Naissance des lettres chrétiennes, Grasset, 1957, p. 60). Elle commence par proclamer: « Il n’y a pas de route pénible là où le Cœur est simple, ni de blessure dans les pensées droites, ni d’ouragan dans le creux d’une âme pure ». Par le yoga du Cœur, par l’unification de l’être, on passe aisément par-delà la psyché, on est polarisé par le haut.

L’ode poursuit: « Où la vérité se trouve de toutes parts, il n’est point de discordance. Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut; tout est en haut, il n’y a rien en bas. Le contraire est une illusion de ceux en qui ne réside pas la science ». Double démarche par conséquent:

a) relier le bas à ses racines supérieures. C’est ce que fait Novalis lorsqu’il écrit: « Tout le visible tient à l’invisible — à l’inaudible tient l’audible — au  non-sensible le sensible. Peut-être aussi tout le pensable tient-il à l’impensable… » (Fragments, p.191);

b) laisser le bas, le phénoménal, au profit de la Réalité, des Archétypes, des Énergies créatrices, du noyau divin indestructible (le Je), de l’abîme de la Déité. En bas, il n’y a rien d’essentiel: tout est en haut. Le Cœur, de même nature que la Réalité suprême, tend normalement à remonter à sa source (le Je véritable, le Fils unique, le Père, la Déité).

La science contemporaine, certes, nous pousse vers le haut, mais insuffisamment loin, et sans viatique.

 JE SUIS :

 Je suis une Idée de Dieu, coéternelle à Lui, et voyageant dans ce monde créé pour elle.

Dieu veuille que ce soit une bonne idée!

Voici, derrière mille masques changeants, ma véritable nature:

j’émane  de Dieu comme Je divin,

je suis créé par Lui comme Esprit personnel,

je suis formé par Lui en tant qu’Âme essentielle et Cœur de feu,

je suis greffé par Lui sur l’arbre du monde pour fleurir et fructifier,

je suis rappelé par Lui, ou encore par Moi-même, grâce au ministère de l’Ange médiateur.

Je suis émané de Dieu, comme partenaire de son Amour,

créé par Dieu, comme messager de sa richesse,

formé par l’Esprit, comme miroir de sa beauté,

projeté dans le monde, pour y être l’alchimiste de l’Éternel,

et rappelé par Dieu, comme son Fils unique, son autre Moi.

(Adaptation de l’enseignement cabbalistique et soufi).

— JE  (le) VÉRITABLE :

 « L’habit ne fait pas le moine » veut dire en fait: les corps et les psychés ne constituent pas le Je véritable.

Certitudes. Il y a la Conscience illimitée, mais il y aura toujours une conscience de cette Conscience, et ce sera Moi.

Il y a l’Amour infini, mais il y aura toujours un amour de cet Amour, et ce sera Moi.

Il y a la Lumière incréée, mais il y aura toujours un pur miroir de cette Lumière, et ce sera Moi.

Il y a le Dieu dont on ne peut rien dire, mais il y aura toujours le Fils qui écoute le Silence pour le répercuter en Verbe, et ce sera Moi.

Il y a l’Énergie incommensurable, mais il y aura toujours un lieu privilégié pour son passage, et ce sera Moi.

Il y a la Beauté indicible, mais il y aura toujours un regard émerveillé par cette Beauté., et ce sera Moi.

D’Angelus Silesius: « Moi-même dois être soleil, je dois de mes rayons peindre la mer sans couleur de toute la Déité » (I, 115). Ce qui signifie: en faisant flamboyer mon Je véritable, en formant avec Dieu ce « couple essentiel » qu’Il veut comme Père, j’ajoute la modalité, la nuance, la relation interpersonnelle, à l’immensité incolore et transpersonnelle du Divin.

— JOIE (Bonheur, Félicité, Allégresse et Joie) :

Bonheur: c’est la satisfaction limitée, éphémère, illusoire, propre à l’ego séparé, à l’être incarné.

La Félicité (ou Béatitude) et l’Allégresse constituent deux aspects complémentaires de la Joie. Félicité: plénitude réceptive et communion universelle — on est immergé dans la Vie divine. Allégresse: plénitude active et bénédiction universelle — on irradie la Vie divine. La Joie est un océan de lumière et d’énergie, que seul peut comprendre l’être éveillé, mais sans jamais pouvoir en rassasier son désir.

Renonçons à la chasse crépusculaire des bonheurs pour la quête hyperboréenne de la Joie.

— JUGEMENT (Du) :

 « Ne jugez pas, demande le Christ, pour n’être pas jugés » (Mt.7, 1). Qui, en effet, possède tous les éléments indispensables à une juste appréciation des choses? Ne percevant la réalité qu’à travers notre insuffisance et nos passions, ne connaissant du livre entier qu’une lettre à peine, n’ayant vécu de la Grande Année qu’une seconde à peine, étrangers à nous-mêmes au point d’ignorer ce qui, en nous, porte un jugement, comment serions-nous capables de juger? Si nous nous obstinons quand même à le faire, c’est notre propre incompétence que nous projetons sur autrui, et elle ne peut que nous revenir sous une forme encore plus négative.

Pour juger, il faut être parvenu au sommet de la Montagne sainte, avoir accès au maitre point ontologique, considérer la réalité avec le regard même de Dieu. Mais alors, devenu soi-même un avec la Loi et la Grâce divines, on ne juge plus: voyant le monde se juger lui-même, on ne cesse de l’appeler à soi par l’intensité d’une présence et d’un amour surhumains.

— LOI (La) ET LA GRÂCE :

 La Loi est cosmique; elle est représentée par la Sephirah Dîn (Rigueur) et correspond au Logos. La Grâce est cosmique et hypercosmique; elle est représentée par la Sephirah Hesed (Clémence) et correspond à l’Agapé. Elles sont étroitement complémentaires.

« L’Ange sert fidèlement la Loi, mais à LUI est la Grâce. Et la Grâce plane au-dessus de la Loi » (Dialogues avec l’Ange, p.190).

L’activité de Dieu se manifeste sous une double forme: par la Loi cosmique et par la liberté de la Grâce. La Loi cosmique régit la structure de l’être et le cours du devenir; elle est claire, rigoureuse, constante; elle a du diamant taillé la beauté et la régularité. La Grâce correspond à la liberté des rapports interpersonnels qu’entretient Dieu avec ses créatures; elle est essentiellement amour, flux imprévisible de bonté souveraine; c’est le visage même de l’Esprit.

 Il n’y a pas de contradiction entre la Loi et la Grâce: aucune des deux n’annule l’autre. En effet, la première sert de règle et de compas au Feu artiste, dont le cœur se révèle par la seconde. Celle-ci permet à l’homme de mieux maîtriser celle-là, et d’illuminer sa connaissance par la confiance: lumière sur lumière. La Loi est adaptée par la Grâce pour corriger ou accélérer les processus évolutifs, tandis que la Grâce est canalisée par la Loi « pour accomplir les miracles d’une seule chose », la transfiguration universelle.

Complémentarité de la Loi et de la Grâce. 
Il faut connaître la Loi.Il faut comprendre la Grâce.
C’est le secret de fabrication du tapis cosmique. C’est la rigueur mathématique de l’Architecte des mondes.C’est le secret d’application de la teinture universelle. C’est la bénédiction multiforme du Père de tous les êtres.
C’est l’enchaînement karmique.Ce sont les opportunités de salut.
La totale adhésion à la Loi devient maîtrise de la Loi. On est alors le jumeau du Christ Logos.La totale réception de la Grâce devient possession de la Grâce. On est alors le jumeau du Christ Agapé.
On a conquis la liberté par l’obéissance.On a conquis la liberté par la communion.
On saisit la hiérarchie des plans ontologiques et les principes de la manifestation.On voit l’interpénétration des miroirs de  Dieu et la circulation des ondes créatrices.
Le rayon des structures de Vie.La coupe des relations de Vie.

C’est le secret de fabrication du tapis cosmique. C’est la rigueur mathématique de l’Architecte des mondes. C’est le secret d’application de la teinture universelle. C’est la bénédiction multiforme du Père de tous les êtres. C’est l’enchaînement karmique. Ce sont les opportunités de salut.

La totale adhésion à la Loi devient maîtrise de la Loi. On est alors le jumeau du Christ Logos. La totale réception de la Grâce devient possession de la Grâce. On est alors le jumeau du Christ Agapé.

On a conquis la liberté par l’obéissance. On a conquis la liberté par la communion. On saisit la hiérarchie des plans ontologiques et les principes de la manifestation.

On voit l’interpénétration des miroirs de  Dieu et la circulation des ondes créatrices. Le rayon des structures de VIe. La coupe des relations de Vie.

 Strictement unies, la Loi et la Grâce forment le cœur de la Création, le Lieu de la Présence divine. Elles déploient la Toute-Beauté (cf. la Sephirah  Tiphereth) en figures et jeux de lumière, elles guident les rythmes et les improvisations du Musicien cosmique.

L’homme face à la Loi. Il faut bien comprendre que Dieu ne punit pas: l’homme se châtie lui-même (karma). Dans les Dialogues avec l’Ange, l’un des maîtres déclare, s’identifiant avec la Loi: « Je ne récompense pas, je ne punis pas, je mesure uniquement. La punition et la récompense, vous les portez en vous-même. Si vous remplissez votre mesure — vous croissez. Sinon — vous dépérissez! » (p. 144). Angelus Silesius sait parfaitement que « Dieu ne punit pas les pécheurs » (V, 55), et le Message retrouvé est d’accord avec lui: « Dieu ne punit personne; le malheur est seulement l’effet de notre éloignement de la Source première » (XI, 41). Et Swedenborg ne disait-il pas: « L’homme est la cause de son mal, c’est lui-même qui s’induit en enfer »?

Le salut consiste donc à connaître la Loi cosmique et à s’y conformer.

L’homme face à la Grâce. Dieu le submerge de ses dons, mais ne peut le forcer à les accepter. Il l’aide de son Amour dans toute la mesure compatible avec la liberté humaine. Il compense ou atténue, par sa miséricorde, la rigueur de la Loi cosmique, et sollicite, tel un esclave, le Cœur de sa créature. Mais si ce feu de l’Amour divin ne rencontre qu’incompréhension et agressivité, il devient pour l’homme brûlure, tourment: et c’est uniquement à celui-ci qu’en incombe la faute.

 Le salut consiste donc à recevoir la Grâce divine et à la faire fructifier. Et chacun peut en prendre autant que le lui permet sa capacité propre.

 MAÎTRE :

  Essai de définition: c’est l’expression, pour le disciple, ou plutôt pour l’homme en quête de réalisation, de la puissance spirituelle auxiliatrice, de la source d’énergie indispensable. Cette source peut se trouver soit dans une personne rencontrée (maître extérieur, gourou), soit dans une entité étrangère à notre espace-temps (maitre invisible, Ange), soit dans un flux énergétique déterminé (maître impersonnel), soit dans les profondeurs — ou  les hauteurs — de l’homme en question (maître intérieur), soit partout à la fois.

« Ne voyage pas seul sur la Voie! », conseille Rami (Mathnawi I, 2944). Il faut être relié, indirectement ou directement, à la Force d’en haut.

La plupart des hommes ont besoin d’un maitre extérieur, visible. Celui-ci  doit être reconnu par affinité (même gotra, même famille spirituelle)  et son rôle, temporaire, est d’éveiller le disciple à lui-même. Aucun esprit de dépendance ne doit altérer cette relation, sous peine de catastrophe pour le maître comme pour le disciple; Il s’agit de parvenir à se passer le plus rapidement possible de gourou, au profit du maitre transcendant et du maitre intérieur. En ce sens, comprenons l’ascension de Jésus comme l’archétype de la « métamorphose » du maitre, puisque du visible il passe dans l’invisible.

Le soufi iranien Abû’l Hassan Kharraqânî répétait: « Vous savez bien que je n’ai jamais reçu l’enseignement d’aucun homme. C’est Dieu qui fut mon guide, bien que j’aie le plus grand respect pour tous les maitres »; en fait, il fut inspiré par l’Ange (= l’Esprit initiateur) d’Abû Yazid Bastâmi. ‘Attar, quant à lui, eut pour maitre l’ »Etre-de-lumière » de Mansûr Hallaj. Ces soufis sans maitre humain, qui se rattachent directement à une entité initiatrice invisible, sont dénommés Oways — d’après l’ascète Oways al-Qarani. D’autres, comme Ibn ‘Arabi, se relient d’une manière privilégiée au mystérieux prophète au manteau vert Khidr (ou al-Khadir, ou Khezr), qui règne sur le « Monde du Mystère » et montre à ses élus comment être ce qu’il est. Khidr est ainsi le grand maître des Afrâd (« isolés, solitaires »; sg. Fard), ces personnalités affranchies de toute hiérarchie  temporelle et en relation immédiate avec les  Puissances de vie.

Dans le cadre du bouddhisme, nous trouvons le cas d’Asanga, le « mystique sans-attache », qui fut directement instruit, au ciel Tushita, par le bodhisattva Maitreya : parfait exemple d’une expérience décisive due au maitre transcendant (Asanga est le fondateur de la fameuse école Yogâcâra).

Ce à quoi doit tendre chacun d’entre nous, c’est l’établissement d’un rapport personnel durable avec l’ »Ange de la Connaissance et de la Révélation » (H. Corbin), condition nécessaire et suffisante pour éviter tous les pièges inhérents aux maîtrises humaines et s’avancer dans la pure Lumière divine.

Mais l’essentiel, c’est l’activité du « maître intérieur ». Quel est-il? Pour chacun son propre Esprit, ou plutôt son Je divin qui est relié à tous les autres, et à tous les vrais maitres, et qui constitue pour lui la plus précieuse source d’énergie. Dès que l’homme est en mesure de l’entendre, il se manifeste. « Purifie-toi des attributs du moi », dit Rûmi, « et contemple dans ton propre cœur toutes les sciences des prophètes, sans livres, sans professeurs, sans maitres » (Mathnawi 11,159): il s’agit bien là de l’intervention du maitre intérieur. « Conversons uniquement avec notre Âme (= notre Je véritable); elle nous apprendra tout ce que nous désirons connaître » (Message retrouvé XIII, 30b). Il est besoin, naturellement, d’une ardeur peu commune pour donner à cette auto-inspiration toute l’intensité souhaitable.

Louis Cattiaux a cette formule remarquable que nous faisons nôtre: « Si nous ne rencontrons pas le maitre, devenons le maitre en libérant notre Dieu au-dedans et au-dehors de nous-mêmes » (XIII, 30). Le contact personnel avec Dieu — Dieu-pour-nous, le Père lié au Fils — remplace tous les maitres: c’est là l’épanouissement normal du maitre intérieur.

Nous remontons ainsi jusqu’à Dieu lui-même. « Vous n’avez qu’un Maitre, dit Jésus, c’est Lui » (Mt. 23, 8). Pour Kabir (mystique hindou-musulman du XVe s., voué au culte exclusif du Dieu invisible), « la seule révélation est intérieure, c’est la Parole silencieuse dont le Satguru, le Parfait Guru (Dieu), tel un Archer infaillible, transperce l’âme » (L’Hindouisme, Fayard/Denoël, 1972, p. 585). Et Râmakrishna déclare: « Celui qui invoque le Tout-Puissant avec une sincérité et une ardeur profondes, n’a pas besoin d’un guru. Mais cette véhémence nécessaire se trouve rarement » (Ens., n° 1025). Cependant, il ne faut jamais oublier que notre vocation authentique, que notre but réel, est d’être ce que Virgil Gheorghiu appelle splendidement un théodidacte — c’est-à-dire un homme qui n’a d’autre maitre que Dieu.

Colin Wilson a écrit: « L’enseignement du Christ: ‘Soyez vos propres maitres’, ne conviendra jamais à la majorité des hommes ». Voilà qui résume fort justement ce que nous venons d’exposer: se libérer de toute dépendance, se rattacher au maitre intérieur, et, par lui, au Satguru — ce qui n’est possible qu’à la mentalité héroïque.

Voir Henry Corbin, L’Imagination créatrice dans le soufisme d’Ibn ‘Arabi  (Paris, Flammarion, 1958), pp. 26 sq.; Jean Robin, René Guénon témoin de la Tradition (Paris, Edit. de la Maisnie, 1978), pp.308 sq.; Le Bouddhisme (Fayard, 1977), p.224. On pourra lire, dans Epignôsis IV, une étude de Jean Biès, « Du maitre spirituel ».

— MAL (le) :

  Le mal, qui est manque d’être, est éternel.

Ce n’est pas un principe: c’est l’inéluctable conséquence du « retrait de Dieu », retrait nécessaire au processus créateur.

Cependant, l’approche asymptotique de Dieu par l’homme équivaut pour lui à une diminution asymptotique du mal.

« Le mal n’a pas d’essence », déclare Angelus Silesius (11,166). Et le Message retrouvé: « Le mal n’a pas d’existence intrinsèque, il apparaît comme le ralentisseur de toute parcelle de vie qui s’éloigne de la source du bien éternel qui est l’Etre Dieu » (XI, 32). Du même: « Le mal spirituel et corporel apparaît par la diminution de l’être pur qui subsiste en nous, et par l’augmentation du non-être impur qui nous enserre de toutes parts » (IV, 35).

Ce thème est traité d’une manière particulièrement originale et positive dans les Dialogues avec l’Ange (pp.130-132) : le mal est en somme l’énergie non contrôlée, non transformée. La Création, en effet, n’est autre qu’un immense et perpétuel processus de transformation, dont l’homme est l’un des régents (« L’homme est le grand Transformateur »). Toute force qui n’est pas, par lui, correctement orientée ou utilisée, dévaste et empoisonne; toute tâche qui n’est pas reconnue ni accomplie, détruit. « Le mal est le bien en formation, mais pas encore prêt. ( ) Le mal n’existe pas, mais seulement la force non transformée ».

On peut dire également que le mal, c’est le « risque d’être » — ou  l’ambiguïté d’être — qui n’a été ni compris, ni assumé, ni relié à la source de l’Être.

Merci beaucoup à
3e millénaire, Revue de libre recherche spirituelle
31 mai 2012 |

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Perla

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